Edito

Pour la prochaine ouverture de saison du Théâtre Le Sillon à Clermont-l’Hérault, son directeur, Fabien Bergès a demandé aux artistes invités de répondre à cette question :

Quelle a été votre première émotion artistique ? Racontez nous une histoire...



« C’était un soir de printemps. Je devais avoir 8 ou 9 ans.
Toute la famille était là, nous allions au spectacle, de l’autre côté de notre petite ville.
Je me souviens de la douceur de l’air, de l’odeur des fleurs, de l’excitation qui gagnait peu à peu toute la maisonnée.
Ma soeur et moi étions prêtes avant les autres. Nous avions mis notre jupe préférée, rose pour elle, bleue pour moi, assorties d’un petit sac à main en forme de coeur.
Nous attendions le reste de la famille devant la maison. Et petit à petit nous était venue l’idée de soulever notre jupe à chaque passage de voiture.
Montrer notre petite culotte était une transgression si joyeuse à la hauteur de cette soirée qui coiffait nos cheveux de fête et colorait nos lèvres de désir.
Tous, nous montâmes dans la deux-chevaux bleue. Ce soir là, son toit était ouvert et nous avons eu le droit de rester debout, nez au vent, tout le trajet. Les parents avaient oublié d’être prudents et nous, indisciplinées, tous autant qu’on était tendus vers l’extraordinaire qui nous attendait dans le quartier d’à côté.
Nous arrivâmes.
Un immense chapiteau rouge et jaune se dressait sur le parking de la piscine. Les lieux familiers étaient sertis de fanions, de drapeaux et de lampions.
Tout le petit monde de la ville se retrouvait là, dans la longue queue qui menait au kiosque à tickets. Eclats de rire, mains qui se serrent, cris d’enfants et le printemps qui explose jusqu’au visage du maître-nageur, éclairé d’un sourire jamais revu depuis, dans la file lui aussi.

Chacun trouva enfin sa place dans le grand chapiteau "Annie Fratellini".
Le noir se fit et le souffle me manqua. Je ne le retrouvai qu’aux projecteurs allumés et aux premières notes de musiques lancées.
Peut-être est-ce depuis ce jour qu’à chaque fois que je me trouve assise dans un théâtre et que le noir se fait, je retiens ma respiration, ferme les yeux et goûte aux possibles à venir, ne reprenant le goût de mon air qu’une fois l’ombre levée.

Du spectacle ce soir là, je n’en garde aucun souvenir.

Une image seulement : le visage d’Annie Fratellini, perchée en haut d’une corde, ses cheveux carottes et deux points rouges rehaussant ses pommettes, ses yeux immenses dont on ne pouvait pas deviner s’ils souriaient ou s’ils pleuraient. D’un seul regard, elle avait fait silence créant le face à face entre le clown et le public, temps suspendu, magie magique, sans lapin ni chapeau.

Je sortie hagarde, hébétée, groggie. Ma soeur voulait jouer, moi non.
Je restais plantée face aux caravanes, guettant la vie d’après la vie, l’encore après la fin, la magie alors que pour nous, c’était fini.
Je voulais en être, je voulais prendre la route, je voulais qu’ils m’emmènent.
Mon père finit par me tirer par la manche. En montant dans la voiture, j’eu froid, nous dûmes nous attacher, le toit de la deuch était fermé.

Les chocs esthétique viendront plus tard, les textes, les formes, les comédiennes et les comédiens, le cinéma.
Je croiserai les routes du Cirque Plume, du Théâtre du Soleil, de Cyrano de Bergerac, Béjart, Adel Akim, Pina Baush ou Wajdi Mouawad mais avant, mais depuis toujours, j’ai rêvé la vie des artistes.
J’ai désiré la route, le mouvement, le changement.
J’ai dessiné des chapiteaux, des tréteaux et des roulottes.
J’ai voulu faire, comme eux, souffler le printemps sur le parking de la piscine. »


Depuis 5 ans, nous sommes associés au Théâtre Le Sillon à Clermont l’Hérault, dirigé par Fabien Bergès et son équipe.
L’occasion de vous inviter à découvrir l’incroyable programmation qui s’annonce dès le mois de septembre !

Cette année, nous serons accueillis pour une résidence de création autour du projet « Héroïne » (titre provisoire) et invités à créer une forme éphémère autour de l’œuvre de l’auteur Sylvain Prudhomme « Dernières nouvelles du mur de Trump »

Ce sera aussi l’occasion de poursuivre l’aventure des Ambassadeurs, autrement dit inviter plusieurs fois dans l’année des habitants de notre territoire à aller ensemble découvrir des spectacles.

Cette association se nourrit d’une autre qui nous lie à une terre plus lointaine : Le Fourneau (Centre National des Arts de la Rue) à Brest avec qui nous tissons une histoire au long cours. A peine revenus du Festival des Rias en pays de Quimperlé, nous nous préparons à partir 3 semaines en Finistère au mois de novembre prochain pour un laboratoire de recherche autour de « Héroïne » (titre provisoire).

La Bretagne, notre vallée de l’Hérault... nos ports d’attache !

Périne Faivre